Tu veilles encore sur moi

Tu veilles encore sur moi.

Je te parle ce matin parce que j’ai le cœur qui déborde de joie et de gratitude.

Il y a longtemps, je t’aurais appelé. Je t’aurais appelé ce matin, hier, avant-hier, possiblement toutes les autres journées depuis trois semaines.

« Maman, tu sais quoi? Maman, devine quoi? Maman, c’est comme un rêve! »

Tu aurais souris avec les yeux pleins d’étoiles.

J’aime les brioches à la cannelle. Quand j’habitais encore à la maison, tu m’en achetais pour me faire plaisir. On les mangeait toutes et puis papa était déçu qu’on ne lui en avait pas laissé une seule. Et quand on lui en laissait, il prenait trop de temps à notre goût pour les manger.

Je n’habite plus à la maison depuis un bout de temps. D’ailleurs, la maison appartient à quelqu’un d’autre maintenant.

Le temps passe et tout change. Tout ou presque.

Peut-être que tu m’aurais quand même acheté des brioches pour mon premier jour, peut-être que je t’aurais dit: « Non maman, c’est plein de sucre et d’autres trucs beurk. Viens chez moi, on va en faire ensemble à la place. »

« C’est quoi tu fais? » Cinq petits mots assemblés en une question qu’on se posait souvent l’une à l’autre. Une manière de dire qu’on s’aime pis qu’on voulait se rattraper dans les derniers développements de nos vies… Même si ça ne faisait que quelques heures depuis notre dernière conversation.

J’ai fait des brioches hier. J’ai pris la recette de la cuisine de Jean-Philippe et j’ai modifié la garniture un peu. Tu aurais aimé Jean-Philippe, il est tellement drôle.

Cannelle, noix de Grenoble, baies de goji.
– « Des baies de quoi? »
– « De goji. C’est plein d’antioxydants. »

On aurait ri à s’en fendre les trippes pis tu m’aurais dit que tu es fière de moi.

Ça m’a pris plusieurs années avant que je n’ai plus le réflexe de t’appeler quand quelque chose d’extraordinaire m’arrive. À la place, j’ai commencé à te parler quand j’en avais besoin ou envie.

Comme là, là.

Avant de nous quitter, tu m’as dit : « Qui va veiller sur toi quand je ne serai plus là? » Je t’ai répondu que j’étais devenue assez grande pour faire ça toute seule. Tu le savais déjà, mais un coeur de maman, c’est un coeur de maman.

Faque ce matin, j’emballe mes brioches en pensant à toi.

Je sais que tu veilles encore sur moi. Et ça, ça ne change pas.